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Le darwinisme en question

Le darwinisme en question - Frank Roberts

Il y a quelque chose que l’on nous oblige à accepter lorsque l’on est colocataire, c’est le partage. Évidemment. Il faut partager. Mais dans ce contexte, j’ai toujours eu l’impression qu’il y a comme une charte écrite qui dit, partage pour le meilleur, et pour le pire. On pense toujours aux quelques petits vols de nourriture, et de produits cosmétiques. On pense rarement au partage des odeurs, des siphons, et des toilettes bouchées. Ça aussi, c’est du partage.

J’avais eu le malheur de connaître une collocation, il y a quelques années de cela, où il ne se passait pas un mois sans qu’il n’y ait un problème avec la tuyauterie. À croire qu’il y avait une sorte d’abonnement pour cela. La première fois, je n’avais pas trop compris le problème, d’autant plus que ça s’était arrangé tout seul pendant la nuit. La deuxième fois, il y avait quelques traînées de poils d’un brun rougeâtre. Je soupçonnais un des colocataires d’avoir un chat, et de nous le cacher. La troisième fois, tout devenait clair. Il n’y avait pas de chat. C’était juste un de mes colocataires qui se faisaient une epilation totale du corps, une fois par mois.

Il avait le poil roux et long. À la limite, il ressemblait à Youppi. C’est en rentrant par inadvertance dans la salle de bains, que je venais de comprendre pourquoi la toilette était constamment bouchée. Il s’arrachait une bande adhésive de la jambe, juste au moment où je poussais la porte. Je restais bouche bée pendant un long moment, ne me souciant même pas de la gêne que je provoquais. Je faisais pourtant partie de la minorité des gens qui refusait la théorie de Darwin, comme quoi l’homme descendrait du singe. J’avais un argument vivant face à moi, qui pouvais me forcer à y réfléchir. Il avait raison de se teindre les cheveux et les sourcils, si ceux-ci avaient la même couleur que tout le reste des poils de son corps. Je venais tout d’un coup de comprendre pourquoi les roux étaient tous brûlés en Europe pendant le moyen-âge. Les gens devaient vraiment flipper à la vue d’une couleur pareille. Toujours est-il que, je refermais doucement la porte, en essayant d’attraper du regard, le plus grand nombre de détails possibles, à me remémorer de ce que je venais de voir, tout en lâchant deux ou trois expressions exprimant ma volonté de ne plus avoir à déboucher sans cesse la tuyauterie. Je partais la semaine suivante.

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