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Ma douce grand-mère

Ma douce grand-mère - Frank Roberts

Sa photo est encadrée et placée sur le dessus de mon bureau.  C’est le type de cadre que je pourrais aussi mettre sur le mur, selon ma préférence et le genre de logement où je pourrais habiter plus tard.  Elle avait quelques tache brune peau de son front qui n’ont pas été effacées par le photographe.  Bon, quand ce sont des photos de papier, c’est un peu plus compliqué, c’est sûr.  Mais tout de même, quelqu’un aurait pu en faire la demande.

Son sourire est timide, mais sincère.  Elle se maquillait encore un peu à cet âge, même si elle avait déjà passé le cap de ses 80 ans.  Mais, il a toujours été discret : je dois dire que son apparence était toujours soignée, mais simple.  Son rouge à lèvres colorait sa bouche juste assez pour changer un peu la teinte, et égayer son visage.  Elle n’aimait pas le mascara, et ne mettait qu’un peu d’ombre à paupières beige et une touche délicate de fard ornait régulièrement ses joues.  Rien de plus.  Et c’était suffisant ; d’une beauté simple, mais franche, elle attirait l’attention des hommes très facilement.

Je ne l’ai pas vraiment connue.  Oui, je la voyais une fois de temps à autre, mais je ne peux pas dire que je savais grand-chose à son sujet.  Je ne pourrais pas dire, par exemple, quelle était sa couleur préférée, ni son idole du cinéma.  Je n’ai aucune idée quel genre de musique elle aimait écouter, ni les pays qu’elle aurait aimé visiter et parcourir.  Quels étaient ses rêves ?  Je n’en sais rien.  Quand on se voyait, on ne parlait que du présent, quand on se parlait.  J’étais trop timide quand j’étais jeune.  Ça a changé aujourd’hui. Je suis maintenant plus sociable, mais tristement, il est trop tard : elle est décédée il y a un peu plus de trois ans.  Elle aussi, elle ne parlait pas beaucoup.  Sa vie a été quand même assez difficile, et c’est donc facile à comprendre pourquoi elle n’en parlait pas beaucoup, venant d’une famille, où presque tout le monde ne faisait que se plaindre et gémir pour des riens.

Alors, je conserve sa photo précieusement.  Elle est bien là où elle est.  Je le crois sincèrement.  Elle doit sûrement préférer se retrouver près de son mari et d’un de ses fils qui est mort avant elle, d’un cancer du poumon.  J’espère, du moins, qu’elle a arrêté de souffrir.

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